Au décès du Vénérable Louis Querbes, la Congrégation regroupait entre 250 et 300 membres (dont une cinquantaine au Canada) répartis en quatre provinces : Vourles, Saint-Flour, Rodez et le Canada. Si le projet d’associer des catéchistes laïcs ne se réalisa pas immédiatement, le fondateur garda jusqu’à la fin l’espoir que cette vision se concrétiserait un jour.
Les missions divergeaient selon les régions :
Entre 1859 et 1880, la croissance en France fut soutenue avant de ralentir suite aux turbulences politiques. Les religieux furent contraints d’abandonner les écoles communales pour ouvrir des écoles paroissiales gratuites mais démunies. Entre le service militaire obligatoire et la baisse des vocations, le paysage changeait : en 1900, on comptait 500 religieux français sur un total de 760. Parallèlement, l’expansion commençait en Amérique :
Jusqu’au début du XXe siècle, la Congrégation conservait un « visage français ». Les activités étaient centrées sur les écoles élémentaires (souvent des internats), quelques écoles secondaires, des œuvres sociales (orphelinats, instituts pour sourds) et le service de sacristie dans les paroisses, au sein de communautés majoritairement composées de frères.
En mai 1903, le gouvernement français ordonne la fermeture de 11 000 établissements religieux. En deux mois, les structures des Viateurs en France s’effondrent : maisons provinciales et noviciats fermés, personnel dispersé, écoles disparues et propriétés saisies par l’État. Certains religieux furent emprisonnés, d’autres s’exilèrent. La solidarité internationale s’organisa :
Malgré une lente reconstruction à travers des activités de subsistance (potagers, ateliers) et l’ouverture d’écoles à Bruxelles et à Vitoria, la Première Guerre mondiale décima la Congrégation : près de la moitié des religieux français furent mobilisés et 29 jeunes hommes périrent au combat. Cette période marqua le basculement de l’influence européenne vers l’Amérique du Nord : dès 1907-1908, les religieux nord-américains devinrent plus nombreux que leurs frères européens.
De 1920 à 1960, l’effectif canadien explose, atteignant 1146 religieux sur 1760 en 1960 (soit les deux tiers de la Congrégation). Ce dynamisme permit :
De son côté, la province de Chicago s’illustrait dans l’enseignement supérieur et les aumôneries, fondant également une école à Bogota (Colombie) en 1961. En Europe, les provinces françaises se réorganisèrent en fondant une École Normale en Côte d’Ivoire (1955), tandis que l’Espagne devenait une province autonome en 1947 et s’implantait au Chili (1957).
Le Concile Vatican II et le pontificat de Jean XXIII apportèrent un souffle nouveau, mais la fin des années 1960 fut aussi marquée par une crise institutionnelle et de nombreux abandons. Les Chapitres généraux de 1969 et 1972, ainsi que la nouvelle Constitution de 1978, permirent de redécouvrir l’essence de la mission viatorienne. Ce renouveau vit la renaissance de l’idée des associés laïcs. Aujourd’hui, hommes et femmes partagent la mission et l’esprit de la Congrégation, s’intégrant dans les communautés locales selon les modèles propres à chaque pays.
La mission actuelle se définit par l’annonce de l’Évangile et la création de communautés de foi, prolongeant l’œuvre du Vénérable Louis Querbes auprès des jeunes et des paroisses. Fidèle aux orientations de 1984, la Congrégation s’oriente prioritairement vers les jeunes défavorisés, qu’ils soient dans le système scolaire ou en dehors, en milieux chrétiens ou non.
L’aube du XXIe siècle fut marquée par de nouveaux engagements au Burkina Faso et au Honduras. À l’heure actuelle, la Communauté viatorienne réunit 340 religieux et 340 laïcs associés, présents dans 13 pays.
Cependant, le déploiement missionnaire récent a connu des fortunes diverses : bien que des missions aient été initiées au Belize par la province américaine et en Bolivie par la province chilienne, ces deux implantations n’ont malheureusement pas survécu au départ de leurs fondateurs. Au contraire, la présence au Honduras, lancée par l’Espagne en 1998, perdure encore aujourd’hui. Cette communauté y demeure active grâce à la collaboration entre religieux espagnols et associés laïcs honduriens, bien qu’aucune nouvelle entrée ne soit actuellement enregistrée parmi les jeunes religieux.
Depuis 1953, le processus de canonisation de Louis Querbes progresse. Le 2 octobre 2019, le pape François l’a déclaré « Vénérable », reconnaissant l’exercice héroïque de ses vertus théologales et cardinales. La communauté continue de promouvoir sa connaissance et de prier pour son intercession. En 2025, le P. Macaire Wendena Sandouidi a été nommé postulateur pour succéder au Père Giuseppe Guerra, CM, et poursuivre cette mission.